Le droit à la déconnexion et le télétravail sont-ils contradictoires ?

 

Rencontre avec Nicolas Demorand, de France Inter et Laurent Berger, secrétaire général de CFDT dans Questions Politiques sur la question du droit à la déconnexion

Nicolas Demorand : Avant, c’était beaucoup plus facile de déconnecter. Bien sûr, on pouvait ramener des dossiers le vendredi soir. Mais aujourd’hui, avec les smartphones, qu’on le veuille ou non, ce sont non seulement tous ses dossiers mais aussi tous ses collègues qui nous suivent à la maison pour le weekend et les cadres et chefs d’entreprise s’attendent de plus en plus à voir leurs salariés répondre à leurs sollicitations, y compris donc le dimanche.

Pour contrer cette remise en cause de la frontière entre le temps de travail et le temps de repos, il y a eu des initiatives. Par exemple Volkswagen en Allemagne, dans certaines branches de l’entreprise, a interdit techniquement, a bloqué techniquement la possibilité d’envoyer des courriels entre 18h et 7h du matin.

La loi Travail le fait aussi un petit peu à sa manière puisqu’elle prévoit un droit à la déconnexion. La CFDT a d’ailleurs salué cette mesure. Ma question est la suivante : à partir de maintenant, si on me reproche de ne pas répondre à mes mails professionnels le dimanche, est ce que je vais pouvoir me retourner contre mon employeur ?

Laurent Bernard : Et bien la réponse est que oui. Si c’est prévu dans le cadre d’un accord collectif de l’entreprise parce que ce que prévoit la loi Travail c’est qu’il y ait des négociations d’entreprise qui fixent ce droit à la déconnexion qui est absolument indispensable sur lequel nous travaillons avec la CFDT depuis très très longtemps. Alors s’il n’y a pas d’accord, ça sera une charte. Si c’est une charte, nous sommes plus réservés, c’est pour ça que nous voulons des accords collectifs sur le droit à la déconnexion qui prévoira pourquoi pas, le fait que le serveur soit bloqué, à d’autres moments l’interdiction d’envois de mails, à d’autres moments la non obligation de répondre.

Nicolas Demorand : Vous y croyez sérieusement dans les PME ?

Laurent Bernard : Bien sûr que j’y crois parce qu’aujourd’hui, vous savez qu’aujourd’hui on compte beaucoup de salariés qui disent « mais moi le wekeend je ne suis pas tranquille. » Parce que quand un directeur ou un cadre supérieur envoie un mail à un de ses collaborateurs en disant « il y a ça », sans dire forcément que c’est urgent, il y a quand même une pression implicite qui s’exerce. Moi je crois au fait qu’on régule la technologie parce que de toute façon elle est là donc on ne va pas aller contre, mais on régule la technologie pour qu’il n’y ait pas d’impact sur la vie personnelle ni sur la santé.

Nicolas Demorand : Seulement ça ne sera qu’une Charte, il n’y aura pas de sanction contre les entreprises mais en plus ça ne s’applique qu’aux entreprises de plus de 50 salariés donc on est quand même sur un droit qui est un peu relatif.

LB : Je ne souhaite pas que cela soit des chartes, je souhaite que cela soit des accords collectifs signés par des organisations syndicales et qui donc contiennent, lorsque ce droit à la déconnexion n’est pas respecté, des sanctions ou des mesures qui forceront l’employeur ou les responsables à en tenir compte.

ND : Concrètement, qu’est-ce que ça serait ?

LB : Ça dépend de la réalité de l’entreprise, ça dépend la réalité et le compromis trouvés dans l’entreprise, cela dépend. Pour une part, je pense qu’il faut bloquer la possibilité d’envoi de mails dans un certain nombre de cas. Si c’est ce que décident les salariés, c’est une très bonne chose. Je vous rappelle que ce droit à la déconnexion on en parle depuis presque 10 ans mais on a des premières mesures qui permettent d’y répondre. Maintenant, il faut que les militants dans les entreprises fassent ce travail d’accord pour pas qu’on ait des chartes qui soient unilatérales.

ND : Et la Loi Travail prévoit aussi l’ouverture d’une concertation nationale sur le télétravail donc on imagine que ça va aller davantage vers du télétravail. Justement ça c’est contradictoire avec le droit à la déconnexion puisque là on amène carrément son travail chez soi.

LB : Pas du tout. Dans les accords télétravail qui sont signés par les entreprises, il y en a eu une chez Générali etc, il y a des choses très concrètes qui sont cadrées là-dessus. C’est-à-dire qu’à partir d’un certain moment on peut éteindre son PC et considérer que la journée est finie. C’est au contraire ce qui s’est passé dans certaines entreprises de télétravail, y compris au développement d’espaces de co-working, et bien on cadrait beaucoup la question. Sachez que les salariés en sont généralement très satisfaits notamment dans les régions où le temps de transport est très important.

 

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